Apprenti carrossier au CFA de Châteauroux, le jeune Buzancéen s’est lancé presque sans bruit dans la compétition moto. Quelques mois plus tard, il pointe déjà en tête de sa catégorie au championnat de France.
Tout commence très tôt. Brevet de sécurité routière à 14 ans, permis 125 à 16 ans, et dans la foulée, ses premiers tours de piste sur le circuit de La Châtre. Trois roulages suffisent pour révéler un talent brut. Sur le paddock, un regard averti ne s’y trompe pas : celui de Greg Black, multiple champion du monde d’endurance, qui l’encourage à se lancer en compétition.
Engagé en Coupe Sportwin, catégorie TwinFast, Romain dispute sa toute première course le 23 mars 2026, à Nogaro. Sans pression, « juste pour se jauger ». Résultat : deuxième de sa catégorie et dixième au classement général. Une entrée en matière prometteuse, mais ce n’est qu’un début.
Quelques semaines plus tard, les 11 et 12 avril sur le circuit d’Alès, il change de dimension. Le samedi, sur piste sèche, il franchit la ligne d’arrivée sous drapeau rouge et est déclaré vainqueur après que les deux premiers pilotes soient tombés. Une première place qu’il accueille avec réserve : le jeune pilote préfère gagner à la régulière.
Le lendemain, sous une pluie battante, il ne laisse cette fois aucune place au hasard. Pneus pluie, départ maîtrisé, et très vite, l’écart se creuse. À l’arrivée, près de dix secondes d’avance sur son poursuivant. Cette fois, la victoire est nette, indiscutable. Sourire sous le casque, regard vers son entourage : Romain sait qu’il vient de franchir un cap.
Bilan après seulement deux week-ends de course : six trophées, dont deux victoires au scratch, et la tête du championnat avec 40 points. Une performance d’autant plus remarquable qu’il s’agit de sa toute première année en compétition.
Derrière le pilote, il y a aussi une histoire de famille. Sa sœur Camille, 16 ans, gère les démarches administratives, dont le « book » de son frère pour rechercher des sponsors. Son père, Nicolas, l’accompagne sur les circuits. Un engagement total, mais aussi une réalité économique difficile : chaque course représente plus de 1 000 euros de budget. Sur une saison complète, l’addition avoisine les 10 000 euros.
UN PILOTE QUI LIT LA PISTE
Faute de moyens, Romain devra faire l’impasse sur plusieurs manches. Prochain objectif : le circuit de Nevers Magny-Cours en octobre. Un rendez-vous qu’il connaît déjà… virtuellement. Car le jeune pilote prépare aussi ses courses sur simulateur, un outil qui affine sa lecture des trajectoires et ses repères de freinage.
Car c’est bien là l’une de ses forces. Ceux qui le côtoient parlent d’un pilote « qui lit la piste ». Une qualité déjà visible lorsqu’il pratiquait le BMX, et qu’il met aujourd’hui au service de la vitesse. Sur circuit, Romain analyse, anticipe, conseille même d’autres pilotes.
Avec une seule chute en plus de deux ans de roulage, une progression fulgurante et un mental déjà solide, le numéro 9 ne se fait pourtant pas d’illusions : il ne prévoit pas de vivre de la moto. « C’est une passion », dit-il simplement.
Une passion qui pourrait tout de même le mener loin. Son rêve ? Décrocher un guidon sur une course mythique comme les 24 Heures du Mans.
En attendant, à Buzançais, on suit de près l’ascension de ce jeune pilote discret, déterminé… et déjà très rapide.